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JEAN-PIERRE PERNAUT : « CE QUI EST GENIAL AU MARCHE, C’EST QU’ON RENCONTRE DES COMMERCANTS…»

Audiences rajeunies et boum des spécialités locales… Après trente ans de 13h, JPP lance l’opération « Le plus beau marché de France »*. L’occasion pour Grand Seigneur de discuter popote avec le Dan Rather des terroirs autour d’un bon gros casse-croûte au Maroilles.

Jean-Pierre Pernaut, c’est bientôt votre anniversaire ! Déjà 30 ans de JT… Vous êtes au courant de ce que prépare votre équipe ?

J.P.P.: Non, je sais un truc, c’est que tout au long de la semaine, il y aura des journalistes qui ont fait partie de mon équipe il y a longtemps. Michel Izard va faire une série de sujets résumés sur ce qu’on a vu de beau ces dernières années et il va venir en plateau.

On imagine qu’il y aura beaucoup de spécialités régionales et de marchés dans ce best-of…

J.P.P.: Ce sera surtout des découvertes réalisées au fil des années dans la partie magazine du journal. Tout ces trésors qui sont d’ailleurs mis en lumière depuis longtemps par les équipes de la NHK, la chaîne japonaise qui a filmé tous les artisans de France. Nous, on était les premiers de la télé française à le faire, mais on reste les seconds après les Japonais. C’est un peu ce qu’a écrit Houellebecq dans La carte et le territoire. Vue de l’étranger, la France est enviée pour son patrimoine. C’est pour ça que les Chinois achètent nos vignobles, que d’autres achètent nos fromages et que tout le monde se bagarre. J’entendais ce matin que les Chinois nous achètent nos chênes pour ne pas détruire leurs forêts, alors que nous on les coupe.

Ça vous choque ?

J.P.P.: C ’est vrai que les scieries françaises sont au chômage technique le jeudi soir, il n’y a plus de bois, puisqu’il est exporté vers la Chine. Ils ont toujours été très friands de ce patrimoine et nous on l’a remis à l’antenne. La gastronomie est entrée dedans avec les vrais bons produits du terroir. On les présente dans cette partie du journal, au même titre que les cathédrales, les danses et langues régionales.

Présentateur du JT depuis 30 ans, JPP a créé une vraie connexion avec le terroir français. Photo : Pierre Monetta

En gros, vous avez ramené l’information régionale que les japonais nous piquaient…

J.P.P.: Pas piqué, mais c’était un choix éditorial d’orienter le 13h vers une information qui va concerner davantage les gens qui regardent, qui habitent dans des petites villes, des villages et qui sont essentiellement des personnes âgées. Au fil des années cependant, ce public s’est constamment élargi parce que la société française a sans cesse évolué. Les gens qui, autrefois, ne rentraient pas déjeuner chez eux, rentrent désormais, sans doute pour des raisons économiques. En plus, le chômage a augmenté, les personnes âgées bougent davantage, les femmes sont plus nombreuses à travailler et le journal est plus jeune.

Votre public a donc rajeuni…

J.P.P.: Complètement, on est leader sur les moins de 50 ans, avec 35% de parts d’audience… Je crois que c’est le journal le plus jeune mais on s’adresse forcément à tout le monde avec une audience pareille, entre 5 et 6 millions. Ça dépend aussi beaucoup de la météo, quand il fait très chaud, on regarde la télé, quand il fait moyennement beau, on est dans le jardin.

Peut-être que les jeunes vous regardent parce qu’après 30 ans de carrière, vous aussi vous faites partie du patrimoine…

J.P.P.: Moi, je me passionne pour ce boulot ! Pour les découvertes – je reviens à la bouffe et aux régions – on est allés vers les gens. Je prend l’exemple d’un charron qui m’avait marqué, qu’on avait rencontré au début des années 90 et qui était en larmes parce que son atelier était vide. Il n’avait plus de boulot et ne trouvait pas d’apprenti. Huit ans après, on est retournés le voir : le type rayonnant, son atelier bourré de jeunes apprentis, etc. On lui demande ce qu’il s’est passé, il nous explique que c’est le développement des courses d’attelage… Ça a sauvé le métier de charron en France. Avant, dans les reportages, on parlait des métiers en voie de disparition et maintenant, on parle de métiers d’art qui attirent de plus en plus les jeunes. Des forgerons, des vitraillistes, des tailleurs de pierres, il y en a de plus en plus.

 

« Le fromage, ça cartonne,
la boucherie un peu moins »

 

Et les écoles de fromager bénéficient d’un nombre important de vocations…

J.P.P.:C’est vrai que le fromage, ça cartonne, la boucherie malheureusement un peu moins. Avant néanmoins, les bouchers avaient du mal à trouver des apprentis. En mettant l’accent là-dessus, on a découvert que cette partie du patrimoine français, les savoir-faire, qui était un peu ancienne, s’est considérablement rajeunie. Les jeunes sont passionnés par ces sujets là. J’ai plein de courriers, de messages, de tweets, de posts Facebook de jeunes qui sont emballés par les reportages qu’on a fait.

À votre avis, qu’est ce qu’il s’est passé ?

J.P.P.:Ces jeunes se sont attribués les spécialités locales et dans toutes les régions, il y a beaucoup de métiers liés à ces dernières. Avant, tout le monde allait en fac. Maintenant, de plus en plus font des métiers en essayant d’utiliser des savoir-faire, des passions. Et je trouve ça emballant d’avoir assisté à cette évolution.

Cette information, vous la trouvez sur les marchés où vous avez dit prendre
« le pouls du pays » ?

J.P.P.: Bien sûr ! Et d’ailleurs, la meilleure preuve, c’est que les politiques en campagne électorale, c’est là qu’ils vont. Mais ils n’y sont qu’une fois tous les cinq ans, alors que nous, toutes les semaines.

 

« Je vais me balader au marché parce que ça sent bon »

 

Vous faites quoi, vous, comme marchés ?

J.P.P.: Je vais à celui de Marly-le-Roi – à 14 minutes de chez moi – qui a été refait il n’y a pas longtemps et qui est magnifique. Ce qui est génial au marché, c’est qu’on rencontre des commerçants qui vous disent que les clémentines, il n’y en aura plus la semaine prochaine, ou que les litchis, c’est pas le moment.

C’est un moyen pour vous de réapprendre les saisons ?

J.P.P.: Oui, pour tout le monde d’ailleurs. Il y a des tas de régions, quand on va faire nos reportages, où les producteurs expliquent aux gens : « là, c’est cette semaine qu’il faut manger des carottes ».

Qu’est-ce que vous aimez acheter au marché de Marly-le-Roi, que vous ne trouvez pas ailleurs ?

J.P.P.: Rien de particulier. J’ai aussi un fromager au marché de Versailles, ainsi qu’un poissonnier et un boucher.

Jean Pierre-Pernaut, jamais sans son maroilles. Photo : Pierre Monetta

Vous allez peut-être au marché pour trouver ce que vous ne trouvez pas au supermarché ?

J.P.P.: Pas forcément, ça n’est pas par rapport à ça, c’est juste que je vais m’y balader parce que ça sent bon. On discute, on voit l’air du temps, surtout s’il y a une campagne électorale.

Qu’est-ce que les gens vous disent sur les marchés, qu’ils ne vous disent pas sur les réseaux sociaux ?

J.P.P.: Rien, ils me parlent surtout de leurs produits, c’est génial. Pas de discussions sur Évelyne Dhéliat, la télé ou Gilles Bouleau.

Pour vous, c’est quand même aussi une rencontre avec le public, non ?

J.P.P.: C’est une rencontre avec des gens que je connais, enfin qui me connaissent. Moi, je suis un client parmi d’autres. Je fais la même chose quand je vais en vacances, je vais toujours au marché de Saint-Jean-de-Luz. Et, à la tête des gens, on voit comment va le pays. Ça se voit partout. À l’étranger aussi d’ailleurs, où je vais au marché.

Alors, est-ce que le pays va mieux d’après la tête des gens au marché?

J.P.P.: Non, ils râlent, ils ne sont pas contents mais les commerçants ont toujours de l’enthousiasme, malgré les difficultés. Ils sont là à quatre heures du matin, ils gèlent, ils ont un métier difficile, mais ils gardent leur pêche avec les clients. Il n’y a jamais de commerçant triste sur un marché. Il y a plutôt une sorte de rapprochement familial. C’est là où il y a le plus de monde. Beaucoup de commerces de villages ont disparu, heureusement qu’il reste les marchés !

Si vous deviez comparer la construction du JT à celle d’un marché, est-ce que la politique serait un fromage ?

J.P.P.:(Rires) Je ne pense pas qu’on pourrait faire ça. On ne peut pas mettre d’étiquettes. Ce qui nous intéresse, c’est ce qui va plaire aux gens, les intéresser, ce qu’on peut leur apporter… Je ne suis pas un commerçant.

 

* L’opération Le plus beau marché de France est un jeu concours organisé par TF1, en partenariat avec la Presse quotidienne régionale.

Texte : Olivier Malnuit / Photo : Pierre Monetta

 

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