Grand Reportage

 

Louis de Funes dans Un grand seigneur 1964
Louis de Funes dans Un grand seigneur 1964

Le 28 octobre 1965, sortait sur les écrans un film à sketches de Georges Lautner et Gilles Grangier, qui allait définitivement incarner un certain esprit des plaisirs de la table à la française : Les bons vivants ou Un Grand Seigneur. Louis de Funès, alias Léon Haudepin, y incarnait l’agent d’assurances à la vie réglée comme un métronome, dans une ville sans surprise qu’on imagine être le Montargis des 50’s (ouh là là…), secrétaire général d’un club de judo fréquenté par tous les notables de la région au bord du suicide (par excès d’ennui), et dont l’existence était bouleversée par l’arrivée impromptue à son domicile d’une (Mireille Darc, alias Héloïse), puis plusieurs ex-pensionnaires de maisons closes parisiennes, fermées quelques temps plus tôt.

Intitulé à rallonge
S’en suivait alors un improbable banquet permanent (les filles prenant le contrôle de la cuisine et virant la vieille gouvernante), composé de victuailles servies par des hôtesses peu farouches, le tout accompagné de bonnes bouteilles et d’une ambiance de lupanar feutré, qui rendait décidément très populaire le logis de ce brave Monsieur Haudepin. Eh bien, sans cautionner l’idée d’une quelconque réouverture des maisons closes,  l’esprit du magazine Grand Seigneur, c’est précisément cela. Une révolution de la table qui passe plus par les jeux de séduction et le désir d’être ensemble, que par le strict examen gastronomique du contenu de son assiette et l’intitulé à rallonge des plats et des bouteilles, dont parfois – avouons-le – on se fout royalement.

Gastro-marathon
Dans ce magazine, vous ne trouverez pas les poncifs habituels du journalisme culinaire (« Le goût de l’époque », bla-bla…). Vous ne découvrirez pas non plus de recettes ou de « bonnes adresses* » (vous avez Internet pour ça). Vous ne lirez que des vraies histoires de plaisir. Pas le plaisir d’être bien noté dans le gastro-marathon qu’on nous impose en ce moment à la télé. Mais celui de manger parfois trop bien, trop riche, trop longtemps  et peut-être même trop gras (lire La Junk-Food est-elle bonne pour la santé ?), d’aimer le vin sans en faire un sport savant, mais juste parce que c’est la meilleure façon d’arrêter de boire n’importe quoi, n’importe comment (lire Les Fadas du vin), de prendre son pied avec du beurre de luxe ou une côte de bœuf de chevillard (lire J’ai fait la route du beurre, Culture bidoche), quand tout le monde nous dit d’arrêter la viande et les produits laitiers, parce que c’est la névrose de l’année. Et même de renverser la table si ça nous chante, pour finir le repas en beauté (lire Le Sexe à table).Grand Seigneur, c’est le magazine qui ne se refuse rien. Ça tombe bien, vous y avez droit. Et nous aussi.

Bon appétit.

*A l’exception notable de celle du Restaurant Les Portes (à découvrir dans Grand seigneur), la seule cuisine de Bastille (15 rue de Charonne, Paris 11e) qui nous a donné envie de prendre trois heures pour déjeuner.

Olivier Malnuit

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.