Patrick Sébastien : « Je sens que je ne vais pas tenir longtemps »

Photo: François Berthier

L'animateur soigne son blues au Morgon (avec modération) et au saucisson Pou.

Dans un entretien accordé à « Grand Seigneur », Patrick Sébastien revient sur ses quarante ans de carrière, ses amitiés politiques et sa passion du confit de porc… 

« Je sens que je ne vais pas tenir longtemps », prévient l’animateur du « Plus grand cabaret du monde » (France 2), qui poursuit pourtant une tournée d’imitations triomphale dans toute la France (« Imitations et confidences »), sauf à Paris.

« Autour de moi, soit ils sont en prison, soit ils sont morts, soit ils sont malades. J’ai eu tellement de décès dans mon entourage que la mort ne me fait plus rien », ajoute l’humoriste un brin désabusé, en guise de testament.

Deux ans après la dissolution de son mouvement citoyen (« Le Dard »), Patrick Sébastien évoque également sa sympathie politique pour François Hollande et… Nicolas Sarkozy, avec qui il avoue s’entretenir régulièrement au téléphone.

Très remonté contre les journalistes, à qui il reproche de « mal faire leur métier », l’animateur se désole « de ne pas avoir eu un article dans Télé 7 jours depuis 5 ans » et regrette que ses nouveaux projets (« Miss Camping », etc), n’aient pas retenu l’attention de France Télévision.

Dans un hommage rendu aux femmes de sa vie (« toutes des cuisinières »), Patrick Sébastien confesse également sa passion de « la bouffe » comme « la plus belle chose que je garderai de la vie » et s’épanche sur les délices du « Frésinat », le ragout de porc de son épouse Nana, ainsi que « du confit de Porc avec des pommes de terre sautées » et du Château d’Yquem, le Sauternes cher à Frédéric Dard.

Proche du réalisateur Olivier Marchal et du Commissaire Neyret avec qui il entretient une correspondance en prison, Patrick Sébastien lève le voile sur un projet de film qui lui est cher : « Le retour de Monsieur Jean ». Une sorte de voyage dans le temps du célèbre acteur français, ressuscité par la magie du cinéma dans la France actuelle.

« Pour que ça marche, il faudrait que j’arrive à avoir totalement la gueule de Gabin. Mais j’attends de prendre un peu de cigare encore, d’avoir bien la masse », conclut l’imitateur dont l’émission « Le Grand Bluff » (1992) reste la plus forte audience de la télévision française (17,5 millions de téléspectateurs) pour un spectacle de variétés.

Egalement dans « Grand Seigneur » : Jean Louis Murat et le chou farci, Thierry Ardisson et la télé-culinaire, Cyril Lignac et les jaloux, John Galliano et les couscous, Elizabeth Tchoungui et le Mont d’Or, la Police et les bonnes tables de Paris, le cinéma franchouillard des 70’s et les grands vins, Ursula Andress et le gratin dauphinois, etc…

Grand Seigneur est le magazine « food & lifestyle » de Technikart, actuellement en kiosques. 4,95 euros. 

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Grand Seigneur, enfin en kiosques !

Après quelques apéros prolongés (avec modération), le nouveau « Grand Seigneur », le magazine food & lifestyle de « Technikart », vient d’arriver en kiosques avec un « léger » retard. Heureusement, il y aura du rab’ pour tout le monde… 

Grands Seigneurs, Grands Seigneurettes, chers ami(es), Maman… Le troisième numéro de « Grand Seigneur » est enfin disponible dans tous les bons kiosques de France, depuis Mercredi 22 Février 2012, 6h du matin. Et c’est une grande nouvelle ! Pardonnez nous cette précision de chef de rang. Mais il est vrai que ces dernières semaines, nous avons passé tant de temps à table et sous la table, que le temps – sans vous – nous a semblé un peu long. C’est d’ailleurs à croire que les journaux qui sortent à l’heure n’intéressent personne, vu l’avalanche de mails inquiets que nous avons reçue ces derniers jours. Rassurez-vous. Après un léger retard en cuisine, « Grand Seigneur » est là et bien là. Une grande cuvée vous attend chez votre marchand de journaux avec Jean-Louis Murat au chou farci, John Galliano au couscous, Thierry Ardisson à la poire, Luana Belmondo au risotto, un certain Patrick Sébastien au confit de porc (et au Château d’Yquem), le Top 30 des meilleures cantines de France, des filles à fromages, des grands crus, des cocktails, etc… Bonne lecture, bon appétit. Et si vous en voulez encore, y’a du rab’ en ligne pour très bientôt. Vive la France, vive les plats en sauce !

Olivier Malnuit

 

 

 

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Le gras des autres

Patrick Sébastien à l'apéro dans Grand Seigneur

Grand Seigneur, le magazine à lire aussi à table, revient en kiosques dans quelques jours. En attendant, voici le premier amuse-gueule du prochain numéro : notre édito sur la nouvelle crise de foi des « alimentations particulières »…

On connaissait les peines à jouir, les « penne » pas toujours « al dente » ou la double peine de certains restos au moment de l’addition… Mais voici que nous sommes cernés par un nouveau genre de convives assommants : les pénibles à table. Qui n’a pas dû un jour, déjeuner avec l’un de ces néo martyrs de l’assiette, crucifiés du goût ou bromurés du palais, toujours persuadés d’accéder à la vie éternelle à condition de transformer les repas en supplice de bagnard ? Le plus drôle, c’est qu’en général c’est toujours eux qui insistent pour vous inviter. Un peu comme s’ils avaient un truc énorme à confesser : « oui, ils vont beaucoup mieux depuis qu’ils ont arrêté le pain, le vin, les fromages, la viande, le gras, le sucre et les cafés ». Et à les voir sadiser la serveuse sur la présence ou non de glutamates dans leurs pâtes sans pâtes (ou relire le menu trois fois comme si c’était un formulaire de l’Urssaf), il est tout de même permis d’en douter.

Souffrances imaginaires

Le phénomène a pris une telle ampleur que pour les fêtes de fin d’année, certaines familles se livrent désormais à des agapes express de volailles si dégraissées qu’on a l’impression de manger du bois, et de micro pains si bio qu’on pourrait assommer son voisin avec. Même dans les régions viticoles ou d’une tradition culinaire chargée, il n’est pas rare de trinquer au lait de soja avec un bout d’Emmental belge sans lactose… En fait, tout se passe comme si la pénitence culinaire était devenu une nouvelle forme d’expiation sociale, voire de religion. Il faut trouver dans la nourriture sous contrôle et de préférence vidée de toutes saveurs, l’auto médication à ses souffrances imaginaires. Vous êtes dépressif ? Arrêtez le lait ! Vous pétez au lit ? Arrêtez le beurre ! Vous avez le nez qui coule ? Arrêtez la côte de bœuf… Et si vous en doutiez encore, vous trouverez surement un « charlatopathe » dans votre quartier.

Quelque chose à dire

Les 19 et 20 Janvier prochain, se tiendra à Paris le premier sommet scientifique consacré à cette folie des « alimentations particulières ». Des chercheurs du monde entier viendront y débattre de ces « tabous électifs » et « régimes sélectifs » qu’on s’impose à table. Officiellement pour sa santé, bien souvent pour trouver quelque chose à dire. Avec la mondialisation des goûts, les vraies allergies alimentaires se multiplient, personne ne peut en douter. Mais s’il est une intolérance qu’il nous faut cultiver plus que les autres – et même soigner comme une pâte à choux – c’est bien l’allergie aux privations mystiques et autres thérapies sans sel. Autrement dit, à la connerie. Bon appétit.

Colloque de L’Ocha « Les alimentations particulières », sous la direction de Claude Fischler, les 19 et 20 Janvier 2012. Plus d’infos sur www.lemangeur-ocha.com

Olivier Malnuit

 

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MIX EN BOUCHE FETE LA GASTRONOMIE LE 23/09

BONS PLANS : Banquet Moderne de Mix En Bouche

Le 23 septembre 2011 de 17h04 à 01h03

 A l’occasion de l’inauguration du restaurant bio, architectural & éphémèreLes Grandes Tables de l’ile Seguin à Boulogne – Billancourt, Mix en Bouche crée l’évènement et dégèle la Fête de la Gastronomie.

GAGNEZ 3X2 DINERS EN ENVOYANT « MIX EN BOUCHE » à  bonsplans.technikart@gmail.com

Pour réaliser ce menu, Mix en Bouche garantit que chaque ingrédient a été méthodiquement passé à la loupe puis au mixeur et sera servi comme suit.

Du Bon

un assortiment de petites portions végétariennes & bio, des créations exclusives et savoureuses imaginées par une toque étoilée, Arnaud Daguin. L’occasion de s’initier à son univers culinaire, une cuisine bio, saine & responsable.

Du Son

Et pas des moindres puisque nous aurons en dj set un des papes de la French Touch, Etienne de Crecy, mais aussi Yan Wagner, Thefkclub, et Kulte Sound System

Du Beau

A découvrir & à vivre en intérieur & extérieur l’architecture du restaurant éphémère imaginée par Pierre Schneider du cabinet 1024 Architecture, une botte de paille suspendue par des échafaudages chargés de conteneurs et desservie par un monte charge, un projet qui oscille entre la péniche, la plateforme pétrolière et une maison de paille.

Du Bar…

Réinterprétation de la tendance bizon par le beau gosse des mixologues qui comptent à Paris, Frederic Lebordays, et l’inimitable goût de la vodka Zubrowka accompagnée d’une sélection de vins bio de l’appellation Marrenon

 Infos Pratiques

  • Les Grandes Tables de l’Ile Seguin à Boulogne-Billancourt – Metro Pont de Sèvres (sortie 1) ou Tram 2 sortie Brimborion
  • Le 23 septembre 2011 de 17h04 à 01H03
  • Inscription sur Mixenbouche.com ou petits plats en préventes sur DigiTick
  • Tarifs : plats & verres à partir de 4 euros
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Grand Seigneur, le retour!

Le numéro deux de Grand Seigneur arrive dans une dizaine de jours en kiosques : une très grande cuvée (que vous êtes nombreux à attendre) avec plus de glaces, de vins, de pintades aux figues et de Saint-Marcellin..

Grands Seigneurs, Grands Seigneurettes… Vous le savez, votre magazine préféré est le dernier journal de France dont les journalistes prennent 3h40 pour déjeuner. Un art de vivre « à la française » que nous avons remis au goût du jour avec une telle assiduité, qu’il faut bien vous l’avouer : nos délais de bouclage se sont un peu allongés du côté du pousse-café. Après un nombre conséquent d’apéros (avec modération), d’œufs cocottes et de côtes de veau aux morilles chez nos amis du restaurant Les Portes (Paris 11è)*, nous sommes en mesure de vous confirmer l’incroyable vérité : le numéro 2 de Grand Seigneur sera progressivement dans tous vos kiosques dans les prochains jours.

Salades de tétines

Que vous passiez vos vacances à Fort-Mahon Plage (la patrie du Churros) ou à Tartas (la cellule dormante des mangeurs d’Ortolan), dès la mi-août vous pourrez donc déguster cette nouvelle édition du magazine Grand Seigneur qui s’annonce déjà comme une très grande cuvée. En couverture, une interview stupéfiante avec le roi de la fanfreluche et du boudin : Jean-Pierre Coffe. Des virées picoles avec Depardieu aux films ratés sous acides des 70’s, en passant par la drogue à Canal, les carambouilles de Delarue, l’amour avec une truie, les salades de tétines et la pintade aux figues de chez Leader Price, le tripier anonyme le plus célèbre de la télé nous a raconté 40 ans de télé show-bizz aux fourneaux, en direct du restaurant Le Ribouldingue (10 rue St Julien Le Pauvre, Paris 5è).

Pâtes aux truffes

En plats de résistance, une enquête à la petite cuillère sur le business des glaces, l’un des plus secrets et rentables depuis l’invention du caviar, un déjeuner marathon de quatre heures avec Benjamin Biolay sur la culture du Beaujolais, le Saint Marcellin, la Poule au pot et… l’eau de toilette du Président. Egalement tout un assortiment de reportages sur les vignobles en buggy, la cuisine des nonnes, les rockers mystiques du vin, la fascination du PS pour les pâtes aux truffes, la fausse pénurie de Cognac et le sex-appeal des charcutiers… En guise de hors d’œuvres (ou  d’entremets), des portraits (Randall Price, Aurélia Filion), des nouvelles rubriques (L’interview du vigneron, La photo de fin de banquet), une série de mode pâtissière (10 chefs face au Cooking Chef) et 30 pages d’adresses, de cocktails et de desserts… Bon appétit. Bonnes vacances et bonne rentrée. Et n’oubliez pas de manger gras, sucré, salé et de boire frais (avec modération) trois fois par jour. Seuls les suicidaires veulent mourir en bonne santé.

*http://www.restaurantlesportes.com

Olivier Malnuit


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Le gars qui déguste

 

Olivier Magny (c)Thomas Laisné

Voici le frenchy que tous les étrangers s’arrachent : Olivier Magny, le sommelier qui vient d’ouvrir le plus grand bar à vins de Paris et publie « Dessine-moi un parisien » (10/18). Portrait d’un fada du vin pas comme les autres, à qui l’on doit le premier apéro en avion.

« Toc, toc ! » C’était il y a quelques mois, pendant les travaux de son bar à vins de la rue Jean-Jacques Rousseau (Paris 1er). Perceuses, soudeuses, machines de chantier dégageant une chaleur infernale… Pas vraiment le genre d’ambiance cosy qu’on s’attend à trouver chez la nouvelle star du vin, salué par toute la presse internationale (Time Magazine, Daily Mail, El Pais, etc), et que les français commencent à découvrir depuis le succès surprise de son livre satyrique sur les bobos à Paris (Dessine moi un Parisien, 10/18).

Titi Parisien

A trente ans à peine, cet ancien sommelier, diplômé de l’Essec et du Wine and Spirit Education Trust de Londres, a déjà enseigné l’amour du vin à près de 40 000 personnes (dont 80% d’anglais et d’américains), organisé une croisière au Champagne sur la Seine, monté une dégustation de vins en haute altitude à bord d’un vol entre Paris et Barcelone, tourné les pilotes d’une future émission sur le vin pour Cuisine TV, parcouru de fond en comble la Napa Valley, discuté cépage et bu un coup avec tout ce que la Bourgogne, l’Alsace, les Pays de Loire ou le Bordelais comptent de vignerons… « J’adore échanger avec eux, c’est des vrais mecs, des bonhommes, des machins quoi, explique Olivier Magny. C’est pas comme les sommeliers et les cavistes qui donnent envie de se tirer un balle, tellement ils ont le melon …» Un parcours étonnant pour ce fils de médecins qui parle le titi parisien dans le texte, dormait encore il y a encore peu dans son bureau et s’est fait un nom dans le monde entier en donnant des cours d’œnologie, comme si c’était une université de la déconne pour Paris Hilton et ses copines un peu pompettes…

Charly et la Chocolaterie

« L’idée, c’était de faire un truc un peu original pour parler de terroirs et de cépages à des gens qui n’y connaissent rien. Parce que dans le monde du vin, tout le monde prétend être différent et convivial, mais quand on les écoute on n’a pas vraiment envie de se marrer. » En Novembre 2009, quand il débouche quelques très bonnes bouteilles pour la presse, à bord du vol Vueling entre la France et l’Espagne, il n’a que 45 minutes de stabilité à bord pour faire découvrir ses grands crus aux passagers. « Ca nous avait pris six mois à organiser, rien qu’avec les douanes, les services anti-terroristes et les 50 milliards d’autorisations nécessaires… Mais à cette altitude, trois quarts d’heure de dégustation ça suffit : les effets de l’alcool sont multipliés pas trois ! Du coup, on boit vraiment avec modération. » Un an plus tard, lorsqu’il prépare l’ouverture de son « Ô Château Paris Tasting Wine Bar » (du nom de sa société Ô Château, ndlr), Olivier Magny plane encore plus fort. « Ce sera le plus grand bar à vins de Paris, 260 mètres carrés dédiés à la dégustation, avec des caves du 17è siècle où Louis XV faisait entreposer les vins de la cour… Je veux que ce bar devienne une confiserie pour adultes, que les gens se disent : Eh ! Mais c’est Charly et la Chocolaterie ici ou quoi… !? »

Tout le monde assis

Vins d’exception, sommeliers d’exception (« c’est-à-dire pas des geeks du vin »), ambiance Sex and the city… Mais avec des filles beaucoup moins compliquées. Les américains affluent comme si c’était le Thanksgiving des grands crus. A 80 euros les deux heures de dégustation, les français se font plus rares, mais Olivier Magny s’en moque un peu. « Les français, même ceux qui aiment bien le vin, leur kiff c’est les petits trucs : le petit producteur dans le petit verre dans le petit bar. Mais moi, les semi-machins servis dans des verres dégueu avec de la charcuterie pourrie, ça ne m’intéresse pas. J’ai envie que les gens se fassent plaisir. » Et du coup, Magny voie encore plus grand. Ses caves sont en train de s’imposer comme le lieu de toutes les réceptions privées. Les marques regardent même de plus en plus près ce concept de soirées sans Dj, sans dance-floor, sans défonce. Et où tout le monde est assis… « On ne s’interdit rien, si les gens veulent danser, ils dansent ! Mais notre cœur de métier, c’est de faire goûter les meilleurs vins du monde et de raconter pourquoi. »

Le vin à l’école

Au petit jeu du « french hedonist », Olivier Magny est d’ailleurs devenu un virtuose. Une sorte de Belmondo cru 2011 qui saurait séduire l’assistance avec une carte de France des vins et un cours sur la géologie de la vigne. Le « Wine Man show », animé par ses soins, est même l’une des attractions préférées de la clientèle. Anglais impeccable mais humour à la française, Magny a fait ses classes d’animateur sur sa propre Web TV, inspirée par le succès du sommelier Gary Vaynerchuk, un sommelier russo-new-yorkais qui s’est imposé aux Etats-Unis comme un concurrent potentiel de Jay Leno sur le vin (lire page 74/75). Mais derrière le show man avec ses fossettes et sa carrure de rugbyman, se cache un autre discours, beaucoup plus politique. « Ce que j’explique dans mes cours, il faudrait l’enseigner à l’école. Ce n’est juste plus possible d’avoir une culture du vin admirée dans le monde entier et d’être les seuls à s’asseoir dessus. Pas un français n’est capable, par exemple, de citer un vigneron, alors que beaucoup sont des stars à l’étranger. »

Lire une étiquette

« On entretient une confusion malsaine sur notre propre art de vivre, faute d’éducation. Beaucoup de gens font ainsi des dégustations en disant : oh là la, ça sent la fraise, ça sent la mure… Mais on s’en tape ! Ce n’est pas ça qui est important, c’est de comprendre ce que veut dire une appellation, le mot terroir, comment lire une étiquette, pourquoi deux vins du même endroit peuvent être totalement différents, pourquoi ce qui compte c’est les cépages, la qualité du raisin, la région, la colline… Sur certaines appellations, on a des différences de prix qui vont de un à cent. Pourquoi les gens les achètent les yeux fermés, sans chercher à comprendre ? » Parce qu’ils veulent juste picoler ?  « Tant que le politique refusera de concevoir que le vin, ce n’est pas de la vodka, que s’asseoir a une table pour bien boire et bien manger, ca n’a rien à voir avec la défonce en boite, on ne s’en sortira pas. Nous sommes les gogos de notre héritage. Et les américains qui viennent à mes cours, l’ont bien compris ».

Plus d’infos sur : http://www.o-chateau.com/

Olivier Malnuit (avec Chloé Clor)

 

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« Kaamelott, c’est pas la France des poulardes… »

Alexandre Astier

Alexandre Astier © Seb & Enzo

 

Un an après la fin de sa saga à la télé, respecté par le métier, adulé par ses fans, Alexandre Astier ressemble à l’Alexandre bienheureux du film d’Yves Robert : des projets en pagaille et des jambonneaux plein la tête.

«Je voulais rappeler quel acteur monumental était Alain Delon. Et puis, il m’a niqué ! Mais il a eu tort…»

_ Alexandre Astier, l’histoire de Kaamelott est-elle un modèle de piratage industriel ? Celle d’un format court de type apéritif, qui échappe au radar de M6. Pour finir par un « antépisode »* de dingue tourné à Cinecitta, et bientôt une trilogie cinéma…

_ Ah, ah ! C’est marrant, ouais. Même si c’est un peu dommage de l’avouer, parce que ça veut dire que je ne pourrai plus le faire. S’ils sont au courant, les mecs vont tous se dire : « Ah, non, il nous enculera pas deux fois ! » Bon, après, faut relativiser : mon piratage, c’est un piratage gentil, je n’ai pas piqué dans la caisse, j’ai travaillé. Et il a rapporté beaucoup de sous à beaucoup de gens, ce piratage…

_ La télé, c’est un art de contrebandier ?

_ Disons que c’est très triste de penser à tout ce que j’ai du contourner pour en arriver là. C’est la démonstration qu’il n’y a pas de recette, que cette ultra surveillance exercée par le système sur les histoires et les gens qui les racontent, cette rationalisation de la cible, cette intrusion du marketing dans les choix éditoriaux, tout ça ne marche pas. Sinon, il n’y aurait jamais de mauvaises séries. Or, les placards des chaînes regorgent de séries tournées, montées, mixées, étalonnées… Et qu’on ne montre pas, tellement elles sont nazes ! Et pourtant, tout a été étudié : « à qui ça s’adresse ? », « quelle est la cible ? », « les gens vont-ils s’identifier ? », etc… Et au final, c’est de la merde. On sait que la recette ne marche pas. Donc, on devrait s’en passer ou en trouver une autre. Mais non, rien ne bouge.

_ Le public de « Kaamelott », c’est pourtant une fan-base à la Goscinny : « de 7 à 77 ans ». On a l’impression que c’est l’idéal de tous les gens de télé. Mais que personne ne sait comment l’atteindre…

_ Il y a une légende qui circule et qui dit que pour parler à tout le monde, il ne faut parler de rien. Ne jamais être spécifique. La télé est comme ça. « On ne peut pas faire une série qui se passe dans une ferme, il n’y a pas assez de fermiers qui regardent la télé ». C’est d’une connerie extrêmement grave. On sait pourtant depuis Aristote que l’identification avec un héros n’a rien à voir avec le fait de lui ressembler. On s’identifie à un héros parce qu’on partage avec lui quelque chose qui relie tous les êtres humains. C’est le conflit : je ne peux pas m’identifier à Tony Soprano, puisque je ne suis pas mafieux, je n’ai pas de cadavre dans le coffre de ma bagnole et mon meilleur ami n’a pas tabassé une pute devant moi. Et pourtant, ce cadavre dans le coffre de Tony fait que Tony est dans la merde. Et en plus, il voit un psy. Donc, ce type est mon cousin. Il faudrait ressembler à Monsieur-tout-le-monde pour parler à Monsieur-tout-le-monde ? Mais monsieur-tout-le-monde, il n’en a rien à foutre qu’on lui parle de lui ! Au contraire. De toute façon, discuter de Goscinny avec des gens qui analysent des cibles, c’est pas possible. Ça ne marche pas.

_ Pourquoi le pays de Gérard Oury et Louis de Funès peine autant à faire de bonnes comédies ?

_ Il y a un truc bizarre aujourd’hui en France : la comédie n’a plus le droit de traiter d’un sujet. La comédie ronge l’histoire qu’elle raconte et se résume à montrer trois mecs qui font les glands devant la caméra. On s’interdit tout : «  Il ne peut pas y avoir de mort dans une comédie, il ne peut pas y avoir de truc triste ». C’est devenu une sorte de spectacle à vide dont les gens sortent en disant des phrases comme « J’ai passé un très bon moment ». Du coup, les films ne sont plus essentiels, juste anecdotiques. Ça fait des entrées, tout le monde est content. Mais ça, ce n’est pas ma comédie à moi. Il faut d’urgence qu’on remette la comédie dans un écrin comme les Anglais, qu’on raconte des histoires. Shaun of the Dead, c’est une comédie mais aussi un super film de zombie. Quand je vois les films de Simon Pegg (le scénariste et rôle principal de Shaun of the Dead, ndlr), je ne vois pas des rigolos à l’écran, je vois surtout des acteurs.

_ En 2009, vous deviez réaliser votre premier film : Monsieur Karlsson avec Alain Delon. Et puis Delon s’est retiré du projet à la dernière minute…

_ En fait, c’est plus subtil que ça. Il ne s’est pas retiré. Quatorze jours avant le tournage, Delon m’a dit : « Soit tu joues, soit tu réalises, mais pas les deux »…

_ Qu’est ce qui lui a pris ?

_ Je ne sais pas vraiment parce qu’il ne me l’a pas dit et qu’on ne s’est plus parlé depuis. Je pense qu’il aimait mon script, mais qu’il voulait le faire avec quelqu’un d’autre. Et à la fin, il a tenté un truc pour me dégommer du film. Mais j’ai dit non, je n’ai pas cédé. Et il s’est rendu compte que le cinéma avait changé. A une époque, Delon disait « Je veux ce script, mais pas ce mec-là », tout le monde s’inclinait. Sauf que maintenant, non. C’est fini, ça. Déjà, c’est interdit, c’est mon texte, j’en suis l’auteur, je ne vois pourquoi j’en serai dépossédé. Et puis j’avais écrit le film pour lui, je ne m’étais pas foutu de sa gueule. Il l’a lu, m’a dit « Je le fais ». Bah, chapeau, j’étais content. Puis il s’est barré, et j’ai pris un sacré coup dans les gencives.

_ Delon, c’est quelqu’un que vous admirez ?

_ Bah, je n’admirais pas le mec, je ne le connaissais pas avant. Mais l’acteur, j’en suis amoureux. En plus, je voulais lui écrire quelque chose qui l’emmène ailleurs, vous voyez le genre. Parce que Delon, pour les mecs de moins de trente piges, c’est juste un gars qu’on voit à la télé. Il y a plein de jeunes mecs qui n’ont jamais vu un film avec Delon. Je lui avais écrit un rôle à contre-emploi, il devait jouer un vieux, un mec faible, fragilisé, malade… Il en avait envie.

_ Pourquoi écrire pour une star qui se prend pour un demi-dieu ? C’est parce que vous ne faîtes que de la TV…

_ Non, pas du tout. Sur Kaamelott, j’ai déjà eu plein de guest prestigieux. Et on me disait souvent : « Ne le prends pas lui, il est chiant, il va te pourrir la vie ». Les mecs débarquaient et ils n’étaient pas chiants du tout ! Les stars qui venaient sur Kaamelott, même les super connus, on les payait au lance-pierre. On leur donnait le texte cinq minutes avant de jouer. Et quand ils partaient, ils disaient tous : « Je reviens quand tu veux. » Donc moi, je défendais ma chapelle en disant : « Vous les trouvez chiants ? Mais c’est parce que vous les prenez pour des cons, que vous leur donnez des textes de merde qu’ils peuvent à peine prononcer, tout ça pour satisfaire la ménagère. » Mondy, par exemple. Les Cordier, juge et flic, sérieux, c’est une insulte. C’est un grand acteur Mondy, il est magnifique. Et vous le filmez comme un pépé dans un machin familial de merde ? Ceux qui font ça ont beau toucher des millions de spectateurs, ce sont des cons. Moi j’ai pris Mondy pour le montrer tel qu’il est : un trésor national.

_ Et vous vouliez faire la même chose avec Delon ?

Exactement. Delon, il est supposément de droite, il parle supposément de lui à la troisième personne. Et bien, tous ceux qui disent ça, je vais leur mettre une tarte. C’est agressif de ma part, j’ai toujours envie de défendre les acteurs. Et j’avais envie de défendre Delon contre ceux qui l’attaquent. Je voulais rappeler l’acteur monumental que c’est. Et… il m’a niqué. Bon, il a eu tort. Parce que ça aurait été mortel.

_ Depuis, Monsieur Karlsson est devenu Madame Karlsson. Et Adjani a repris le rôle de Delon. Quelle différence ?

_ La différence, c’est qu’ Adjani , elle a encore très envie de jouer. Elle aime ça. Delon, lui, dit qu’il a tout vu, tout fait, et c’est vrai. Je crois qu’aujourd’hui il n’aime plus jouer, mais seulement être dans le circuit, être convoité, courtisé. Il s’est barré de chez Olivier Marchal (Braquo, Les Lyonnais, etc) , il s’est barré de chez Johnnie To (l’un des plus grand producteurs de Hong-Kong, ndlr)… Tout ça pour aller faire un téléfilm sur TF1, dont on ne m’a pas dit le plus grand bien. Avec Isabelle, ça se passe très bien. On tourne dès les premiers beaux jours. Ça fritera peut-être entre nous, pour une raison ou pour une autre. Mais pour l’instant, je suis très confiant. D’ailleurs, bizarrement, ce truc avec Delon ne me fera pas changer d’avis. Si on me dit : « Le prends pas, il est chiant ». Et bien, je le prendrai quand même.

_ Pourquoi avoir repoussé le tournage de la trilogie Kaamelott pour le cinéma ? Alors que vos fans attendent ça comme des fous

_ J’avais envie d’arriver au grand écran avec un truc qui ne soit pas une comédie, quelque chose de contemporain, avec aucun autre acteur de Kaamelott que moi. On n’arrête pas de me dire : « Il faut faire Kaamelott maintenant, battre le fer tant qu’il est chaud. » Mais non, ça m’intéresse pas de courir après Kaamelott. C’est moi qui décide quand c’est le moment. Mais de toute façon, j’ai toute l’histoire en tête. Et le projet est dans les tuyaux.

_ Pourquoi les acteurs passent-ils leurs temps à bouffer dans la série Kaamelott ?

_ Mais parce que la bouffe, c’est une béquille géniale pour la comédie. J’adore ça. Ça oblige l’acteur à être détaché de ce qu’il dit, à faire passer le texte au second plan, à se concentrer sur quelque chose de très trivial, de très concret, de très quotidien. Sa première préoccupation, c’est bouffer, et ensuite seulement vient le texte. Ça aide beaucoup, la bouffe. Ça peut même rendre le jeu plus élégant. D’ailleurs, Brad Pitt fait ça tout le temps. Regardez bien, il est toujours en train de mâcher quelque chose.

_ Qu’est ce vous mangez dans Kaamelott ? Des pintades médiévales ? Ou du fromage de tête de sanglier ?

_ Je dois vous avouer que ce qu’on bouffe dans la série n’a pas vraiment été étudié. En gros, c’est censé être de la volaille. On a quand même évité les anachronismes : il n’y a pas de patates par exemple, parce que ce n’est pas d’époque. L’essentiel pour nous sur le plateau, c’est surtout de mettre dans l’assiette des trucs qu’on sait qu’on peut avaler à chaque prise. Au cas où le tournage d’une scène de repas s’éternise… Les choux, par exemple, vous pouvez en bouffer tant que vous voulez. En fait, on a surtout mangé beaucoup d’endives. C’est très pratique, les endives : ça craque, ça fait du bruit, ça remplit la bouche. Et comme c’est de l’eau, on peut en bouffer tant qu’on veut. Bon, après, par contre, on passe sa journée aux chiottes…  Sinon, de temps en temps, on est obligé de manger ce qu’on voit vraiment à l’écran. Ca occupe une demi-journée, on est pliés, on n’en peut plus. Et en général, c’est à ce moment là que sonne l’heure de la cantine.

_ Pourquoi ne pas avoir fait plus de recherches historiques ?

_ Il y a plein de spécialistes de la bouffe médiévale. Mais je n’ai pas voulu trop en savoir. Je suis affilié aux « médiévaleux » et aux fans de jeux de rôle grandeur nature. Je les connais bien, j’adore ces gens-là, mais j’essaye quand même de me distinguer. Kaamelott, ça se passe au Vème siècle : la fin de l’Antiquité, les tous débuts du Moyen-âge.  Donc, c’est l’histoire de mecs qui ont une culture romaine, pas de riches nobles médiévaux. Ils ne bouffent pas si bien que ça. Ce n’est pas non plus la France des poulardes, ce n’est pas l’ambiance.

_ D’où sortez vous qu’Arthur était un neurasthénique au bout du rouleau ?

_ La dépression d’Arthur, c’était une manière de pisser autour de ma série pour délimiter mon territoire. C’est ma série, ma comédie, mon histoire. Et si dedans, il y a un mec qui veut s’ouvrir les veines. Et bien non seulement je peux le faire, mais je vais le faire. C’est l’histoire d’un mec à qui on demande de commander d’autres types et de trouver le Graal. Moi à sa place, il y a des jours où j’en aurai eu plein le cul. Il fallait raconter ça. Je suis très heureux de ce que j’ai fait dans Kaamelott. J’y ai mis tout ce que je voulais, sans baisser mon froc.

_ C’est donc bien un autoportrait ?

_ Bah c’est quand même l’histoire d’une prise de pouvoir. Et avec cette série, j’ai moi-même pris le pouvoir. Celui de dire oui, et surtout non, à plein de trucs. J’ai gagné de l’argent aussi. Et le pouvoir et l’argent, ça isole. Ce n’est pas une légende : quand tu es chef, tu es isolé. Tes copains sont toujours là, mais tu les vois moins, parce que tu bosses beaucoup, et que tu vas dans des endroits où ils ne peuvent pas forcément te suivre faute de pognon. Donc oui, ça a pu me plomber. Ces jours-ci d’ailleurs, ce plomb revient. Je n’ai plus dirigé de plateau depuis deux ans, ça me manque. Je fais mon boulot de producteur, je négocie des contrats, je monte des projets, il y a eu l’histoire avec Delon… Et cette période a tendance à me rendre triste comme une pierre. Je sais faire des séries, des films, je sais ce que je veux mettre dedans. Mais je ne suis pas forcément doué pour prouver aux autres que les histoires que j’ai envie de raconter méritent d’exister. Tout ce processus m’emmerde, mais il faut en passer par là.

_ Vous êtes visiblement plus doué pour noyauter le système, que pour lui dire merde…

_ Mais je n’ai pas envie d’envoyer chier le système, je ne veux pas être anonyme. L’industrialisation de mes histoires m’intéresse, j’ai envie de faire des trucs populaires. Je viens d’une famille d’acteurs où l’on n’avait pas un rond. Au théâtre, j’ai connu les salles vides et les salles pleines. Et je peux vous assurer que je préfère les salles pleines. Mais le processus est dur, j’essaye juste de ne pas me laisser noyer par le découragement. Parce qu’Arthur, son problème, ce n’est pas qu’il est triste, c’est qu’il est découragé. Moi, je ne reste pas planqué au fond mon lit. Enfin, j’essaie. Même s’il y a des jours où je préfèrerais rester chez moi, jouer à la PS3.

*un épisode précédent la série, mais tourné après

Entretien : Frédéric Foubert

Remerciements à Caroline Ripoll et Nathalie Chambon du Festival Scénaristes en séries (http://www.scenaristesenseries.com/)

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Thierry Souccar nous écrit

Le lait qui "Splash" de Jean-Jacques Pallot

L’auteur du livre Lait, mensonge et propagande (Thierry Souccar Editions) a souhaité réagir à notre article intitulé « Qui veut la peau du lait ? » publié dans Grand Seigneur. Nous publions ici son droit de réponse. Lire notre réponse au droit de réponse en bas de texte.

Dans un article intitulé « Qui veut la peau du lait ? », publié dans son numéro de printemps, votre journal suggère qu’il serait « faux » de dire comme je le fais dans mon livre « Lait, mensonges et propagande » que la surconsommation de laitages ne prévient pas les fractures. Il serait également « faux » d’affirmer comme je le fais que cette surconsommation est statistiquement associée à des risques sanitaires. Pour réfuter mes propos, pas de données scientifiques, mais les déclarations d’un médecin, le Dr Jean-Marie Bourre. Votre article me présente aussi comme le bénéficiaire d’un « business à la louche » qui se ferait « du beurre au cul des vaches. » Bref, on croirait entendre l’industrie laitière, et on n’en est pas très loin, puisque votre grand témoin, le Dr Bourre, est notoirement lié à l’industrie agro-alimentaire (voir plus loin). Les éditeurs seront d’abord ravis d’apprendre que mon lancement, en province, sans aucune aide, d’une maison d’édition il y a quatre ans ne constitue pas une prouesse, mais une sinécure. Je serais donc à la tête d’un « business » « prospère ». Si prospère même, que ma société d’édition a réalisé en 2009 un bénéfice royal de… 5 469 euros ! Champagne ! Vous êtes d’ailleurs cordialement invités à visiter les magnifiques locaux recouverts à la feuille d’or que nous occupons et la somptueuse hacienda avec piscine, jacuzzi et hôtesses que ces 5 469 euros m’ont permis de payer au titre de « préretraite dorée ». Plus inquiétant : on peut légitimement se demander si les auteurs de votre article ont bien lu mon livre. Car en page 22, il est écrit ceci « Entendons nous bien. Je dis oui au yaourt, au fromage, au bol de lait qui agrémente le repas. (…) Et je ne crois pas qu’il y ait le moindre danger à consommer un laitage par jour, si on peut le digérer.» Ceci vous aurait évité le ridicule de me caricaturer comme un « anti-lait » (sic). Mais je ne vous en veux pas car j’ai finalement pris du plaisir à relever la confusion et les erreurs qui émaillent votre retranscription de données scientifiques que… vous n’avez visiblement pas consultées ou que vous avez consultées mais pas assimilées. Un exemple : vous laissez entendre, par la voix de M. Bourre, que le Fonds mondial de recherches sur le cancer (WCRF) dirait le contraire de ce que j’écris sur le cancer de la prostate à savoir que les gros consommateurs ont un risque accru de cancer. Comme vous semblez éprouver quelques difficultés à vérifier des sources, je tiens à votre disposition le rapport complet du WCRF de 2007 dans lequel il est écrit qu’il est « probable que les régimes riches en calcium augmentent le risque de cancer de la prostate ». Le WCRF ajoute du reste que la consommation de beurre serait associée au risque de cancer du poumon, et que celle de graisses animales serait liée au cancer colorectal. [1] Pour une synthèse des connaissances actuelles, plus accessible au Dr Bourre et à vous-même, je vous renvoie à l’interview donnée au Monde le 20 janvier 2010 par le Pr Walter Willett qui dirige à Harvard l’unité de recherche en nutrition la plus importante et la plus citée au monde. Il y déclare notamment que « les grandes études prospectives sur l’homme montrent systématiquement qu’il n’y a pas de bénéfice lié à une consommation élevée de lait. Au contraire, de nombreuses études montrent qu’une consommation importante de lait, telle que trois verres par jour, contribue à un risque élevé de cancer de la prostate. Toutes les études ne montrent pas cela, mais le lien statistique a été confirmé si l’on fait une analyse statistique pour l’ensemble des données. Pour les femmes, trois portions ou plus de lait par jour pourraient augmenter le risque de cancer des ovaires. » Soit très exactement les propos de mon livre. Preuve s’il en fallait que les « experts du monde entier », en tous cas ceux qui ne travaillent pas pour l’industrie laitière, « ne disent pas le contraire » de ce que j‘écris, mais bien le contraire de ce que vous écrivez. Mais pourquoi votre article accumule-t-il à ce point les erreurs et reflète-t-il si mal les données scientifiques ? La raison nous en est donnée dans l’article lui-même : les études que je cite dans mon livre seraient « américaines » ! Etant publiées en anglais, il serait donc « difficile de les vérifier » ! Avec 95% des études en nutrition publiées en anglais dans des journaux scientifiques anglo-saxons, il est en effet assez difficile de les « vérifier » si on n’a pas un ordinateur relié au courant électrique et connecté à Internet et qu’on ne comprend pas l’anglais. Inversement, il devient alors très facile de publier des articles émaillés d’erreurs grossières et de références à un autre livre qui reprend le discours de l’industrie laitière. J’ai aussi lu avec intérêt le passage selon lequel la publication de mon livre aurait conduit des parents à donner à leurs enfants du « jus » de riz ou de soja – ce qui s’apparente à de la maltraitance. Au-delà de la légèreté sidérante de l’accusation (dont vous avez, j’imagine, bien mesuré les conséquences juridiques avant de l’imprimer), permettez-moi de m’étonner que vous passiez sous silence ma responsabilité dans l’épidémie de grippe H1N1, le tsunami japonais et la disparition de Mamie Nova.

Mais le plus drôle est le « conflit d’intérêt » dont je me rendrais coupable parce que je dirige un organe de presse acceptant la publicité et associé à de la vente en ligne, ce qui est le cas de tous les sites d’information sur Internet, à commencer par Le Monde et Le Nouvel Observateur. C’est surtout dissimuler au lecteur que, contrairement aux experts dont je dénonce la collusion avec l’industrie agro-alimentaire, je ne siège ni à l’INRA, ni à l’INSERM, ni au CNRS, ni à l’ANSES, ni au PNNS, ni à l’AFSSAPS, je n’exerce aucune fonction officielle ni de conseil auprès de quelque organe privé ou public que ce soit, et n’ai, contrairement à ce que vous suggérez, aucun lien avec quelque lobby ou intérêt privé que ce soit. La référence à mon appartenance à l’American College of Nutrition est une autre illustration de la confusion qui règne du début à la fin de l’article, puisque cette organisation est une société savante et non une agence sanitaire.

Grand Seigneur, dites-vous, c’est le magazine qui raconte « de vraies histoires ». Je suis persuadé que vos lecteurs (et vous-même !) apprécieront que les vraies histoires ci-dessus, étrangement absentes de votre article (par manque de place évidemment), soient portées à leur connaissance.

Thierry Souccar, Auteur de « Lait, mensonges et propagande ».

 

Notre réponse à Thierry Souccar

Cher Thierry, pardonnez-nous si cet article vous a déplu. J’entends bien vos arguments. Et je serai ravi de vous opposer les nôtres dans un entretien à paraître dans le prochain numéro de Grand Seigneur, le magazine qui ne se refuse rien. Mais laissez moi déjà vous dire que pour l’instant, vous ne nous avez pas vraiment convaincus. Malgré vos indéniables talents journalistiques, vous accumulez des données scientifiques sans toujours bien vous rendre compte que vous jouez également sur les mots. Qu’appelez vous réellement une surconsommation de produits laitiers ? Trois produits laitiers par jour – vraiment ? -, comme le recommandent les autorités sanitaires de ce pays, sans que personne ne s’en plaigne (on aurait plutôt à craindre le contraire, ne croyez-vous pas) ? Ou des quantités astronomiques de laitages consommés chez certains cas (rarissimes !) et constatés aux Etats-Unis ? Comme vous le reconnaissez vous-même, toutes les études ne confirment pas, loin s’en faut, les conclusions de votre chercheur de Harvard. Faut-il pour autant considérer les autorités scientifiques françaises qui ne disent pas la même chose, comme suspectes de connivence avec les producteurs de lait (qui, avouez-le, ont bien d’autres soucis en ce moment), parce qu’elles siègent dans des organismes nationaux ? Etes-vous, tout seul, plus crédible, plus indépendant, parce que vous n’y siégez pas ? Ou en êtes vous absent, tout simplement parce que vous n’êtes pas un scientifique, mais seulement un journaliste – certes très doué ? Dans cet article, c’est vrai, nous avons donné la parole à des chercheurs qui contredisent violemment vos écrits. Sommes nous coupables d’avoir cherché d’autres voix discordantes et pourtant réputées, dans le concert de peurs, de malentendus et de paranos alimentaires qui a accompagné le succès de votre livre (par ailleurs, très bien foutu)? Serons-nous coupables du contraire, parce que nous allons vous accorder un large entretien (qui sera relu et amendé par vos soins) dans le prochain numéro de Grand Seigneur, pour que vous puissiez nous apporter un éclairage nouveau ? Je ne le crois pas. Mais je crois surtout que face à une alimentation plus que millénaire, dont beaucoup de chercheurs s’accordent à dire que sans elle, nous n’en serions pas là (et vous non plus), nous ne sommes tous les deux que des journalistes face à l’histoire et face à la science. C’est à dire pas des savants (on en est loin, non ?), ni des autorités. Quant à la question de ces petites graines diététiques et bio dont vous vous faites l’épicier en ligne sur votre site lanutrition.fr (j’adore les 60 gélules d’Antiox-Nut par lot de trois boites à 64,90 euros en promo), pardonnez-nous notre étonnement et notre mauvais esprit. Mais qu’auriez-vous dit si, en accompagnement de notre article, nous avions proposé des bons de réduction pour du Chaource et du Livarot en promo? Au plaisir de vous parler, dès lundi matin 30 Mai à  11h au téléphone, et de vous lire dans les pages du prochain numéro de Grand Seigneur, le magazine qui ne se refuse rien (sortie en kiosques le 20 Juin). En attendant, pour moi ce midi, comme pour beaucoup d’autres midis, ce sera un camembert (entier) rôti au miel, préparé par le chef Sylvain Couture du Restaurant Les Portes (15 rue de Charonne, 75011 Paris). Si jamais vous passez par Paris, vous devriez essayer (je vous invite).

Toutes mes amitiés.

Olivier Malnuit, rédacteur en chef de Grand Seigneur, le magazine qui ne se refuse rien.

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Devine qui vient prier ce soir?

Jennifer Kouassi et Frédéric Lenoir (c)Thomas Laisné

Grandes messes télévisées de la bouffe, goût de Mahomet et Jésus pour le vin, expériences sexuelles hors normes et chute de l’Empire romain… Frédéric Lenoir est un philosophe des religions qui publie son «Petit traité de vie intérieure» (Plon). Le point sur la spiritualité du fromage et des jolies filles avec cet ascète un peu pompette et libertin.

Frédéric Lenoir, les émissions culinaires ressemblent à des messes télévisées,  les chefs sont vénérés comme des demi-dieux… Cette folie de la bouffe, c’est une religion ?

L’étymologie du mot religion, c’est religare. Ça veut dire relier. Mais on pourrait aussi bien traduire religion par communion. Et la fonction de la religion, c’est de créer des communions humaines par rapport à quelque chose de commun qui nous dépasse. Habituellement, ce qui nous rassemble est quelque chose d’invisible. Or, on vit dans un monde qui croit de moins en moins à l’invisible, ce qui est le propre de la modernité. Mais on a toujours besoin de communier, de partager des choses dans une ferveur émotionnelle. S’offrent alors à nous plusieurs options : le sport, les concerts, et la bouffe. Comme la bouffe est celle qui nous rassemble le plus, parce que tout le monde aime bouffer, on vit cette troisième option comme un rituel. La bouffe est un rituel de communion qui devient de plus en plus un rituel de substitution à ce qui était autrefois un partage avec l’invisible.

On n’est pas plutôt sensé se nourrir de la parole de Dieu, plutôt que de Sauternes et de foie gras ?

De nombreuses religions ont accordé une très grande place au plaisir dans l’alimentation, notamment les trois monothéismes, alors que le bouddhisme est bien plus mesuré là-dessus. Il y a cette idée que Dieu est bon et que le monde est bon, donc la nourriture donnée par Dieu à l’homme aussi. Et il faut qu’il en profite, qu’il en jouisse. Les institutions religieuses sont là pour donner des limites, mais le plaisir de la bouche n’est pas condamné. C’est pour ça qu’on retrouve tout le temps dans la Bible des festins extraordinaires et que dans les Evangiles Jésus passe son temps  à manger. A tel point que certains extrémistes religieux de l’époque traitaient même Jésus d’ivrogne et de glouton. Jésus aimait la bonne bouffe, il appréciait bien manger et bien boire. Et c’est une tradition qui demeurera dans le christianisme. On retrouvera ça aussi dans la vie monastique où boire du vin fait partie de la retraite spirituelle.

Parce que dans les monastères, on boit beaucoup ? Selon Saint-Benoît, tout est une question de juste mesure. Mais le vin permet d’accéder au divin…

On retrouve en effet chez les Grecs anciens cette idée du nectar qui fait lâcher prise et nous entraîne dans des états de dépassement des champs de conscience habituels. Il nous conduit vers ce qui ressemble à l’expérience extatique des chamanes, dans laquelle on sort de soi. On a des perceptions différentes, des intuitions. C’est la dimension verticale : les mystiques sont ivres de Dieu. La dimension horizontale, c’est qu’elle crée aussi du lien en nous désinhibant.

Ça veut dire que les religions aiment l’ivresse ?

Elles tolèrent dans une certaine mesure les boissons qui nous mettent dans un état modifié de conscience. L’idée forte, c’est qu’il ne faut jamais être possédé par le vin. C’est pour ça que le Coran a fini par interdire le vin. Nous devons avoir la maîtrise de ces moments particuliers. En fait, le Coran est un peu contradictoire car le prophète aimait boire du vin.  Mais il a pris conscience – et ses successeurs aussi – que cela pouvait désorganiser la communauté, si trop d’hommes buvaient.

Cette grande messe de la cuisine et des vins, c’est une vraie révolution ou du réchauffé ?

Curieusement, les périodes de l’Histoire où la bouffe a pris une importance symbolique démesurée en société ont toujours été les fins de civilisations : la fin de l’Empire Romain, la Renaissance, etc. Dans ces moments-là, on est dans une sorte de décadence, on vit l’instant présent dans une recherche de plaisir extrêmement forte, essentiellement sensorielle. On n’est plus dans une expérience spirituelle où la civilisation semble pérenne et durable. Quand on a le sentiment que tout s’écroule et qu’on est menacé par des barbares, on veut jouir intensément de l’instant présent.

Donc, on nage en plein péplum gastronomique… C’est la fin d’un monde ?

Je pense qu’on vit une fin de civilisation en Occident, c’est très net. Les gens ont peur de la fin du monde, on arrive à l’épuisement de notre modèle occidental avec les crises financières, on voit tous les effets pervers de ce modèle qui a fonctionné pendant des siècles. On sent aussi combien se développent sans nous d’autres civilisations – comme en Asie, on est dans une impossibilité de prévoir et de se projeter dans l’avenir. Autant de sentiments confus qui nous poussent à toute vitesse vers la quête de la jouissance extrême, l’accumulation des accumulations. Et dans cette croisade du plaisir, la bouffe est une fête collective que tout le monde cherche à vivre avec la même intensité.

Les émissions culinaires sont-elles une nouvelle forme d’office religieux ?

C’est vrai qu’avec la multiplication incroyable des programmes sur l’art de vivre autour de la table, on voit que les catégories anciennes, sacrées ou profanes, de la bonne ou mauvaise bouffe n’ont pas disparu. Elles se sont juste déplacées de manière laïque. Aujourd’hui, il y a les grands prêtres de la bouffe bio, du manger sain et de la bonne cuisine à partir de bon produits. C’est une discrimination autour de la nourriture, mais qui ne se manifeste plus selon des critères religieux incompréhensibles ou des interdits alimentaires sans explication rationnelle.

On peut donc jouir à table et partager une expérience spirituelle ?

Pour moi, il n’y a aucune opposition entre la méditation, la prière, l’introspection, boire du bon champagne, goûter de bons fromages et être avec de jolies femmes. Toute la richesse intérieure d’un être lui permet de développer une sensibilité sensuelle. Il y a dans notre société des gens qui sont dans l’excès, le consumérisme. Plus ils mangent, mieux ils se portent. Mais leurs excès correspondent à un manque de vie intérieure. Quand on ne se nourrit que par les sens, on poursuit une multiplication du plaisir des sens qui va à l’encontre de la profondeur du plaisir. Ce qui donne le plaisir de manger, c’est aussi d’avoir faim.

C’est une invitation au jeûne ?

Le jeûne est souvent une invitation au festin. Pendant le Ramadan, on ne mange jamais aussi bien mais le soir. On jeûne dans la journée pour montrer qu’on est bien capable de contrôler son corps, mais ce contrôle a en fait pour objectif une maximisation du plaisir. Le jeûne, le plaisir et la rétention ne sont en fait pas du tout antinomiques.

Vous n’avez pas parfois des envies un peu plus décadentes ?

Comme beaucoup de gens, j’ai voulu vivre des expériences. Je me souviens d’avoir fait les vendanges et d’avoir tellement bu que je me suis réveillé le matin avec une fille que je n’avais ni regardée, ni désirée et qui semblait aussi surprise que moi. J’ai aussi vécu des expériences sexuelles intenses, hors normes, qui sortent de la simple passion amoureuse. Mais de manière générale, je ne suis pas dans l’excès car j’aime savourer l’expérience. J’aime être responsable de mes actes, avoir la maîtrise de ma vie. Et puis, j’ai aussi une vie spirituelle qui m’amène à beaucoup prier et pratiquer la méditation. Ce sont d’autres états modifiés de conscience et des expériences intérieures très riches.

Quel est le meilleur état de conscience, pour se connaître soi-même ?

Pendant des siècles, l’outil de la connaissance de soi a été pour beaucoup de gens la lecture. On ne peut pas tout expérimenter, tout vivre… Mais en lisant des romans, on découvre l’humanité entière et donc on se découvre soi-même. Parce qu’un bon romancier est universel, il parle du coeur humain du temps du Chrétien de Troyes, de Socrate, de Stendhal et de notre époque, qui au fond reste la même. Nous avons les mêmes aspirations, les mêmes peurs, les mêmes craintes, les mêmes tentations, les mêmes paradoxes et les mêmes contradictions. Cette nouvelle passion du goût et des arts de la table ne devrait pas y changer grand-chose.

«Petit traité de vie antérieure», Frédéric Lenoir (Plon).

Entretien : Laure Michel  • Photos : Thomas Laisné

 

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« Ressembler à Slash, non merci »

(c) Seb&Enzo

Une bouteille de whisky par soir… Surtout quand on est le producteur d’Amy Winehouse, ça fait beaucoup. Pendant des années, Mark Ronson a fait n’importe quoi. Et puis, un jour il a décidé d’en parler avec Simon Le Bon (Duran Duran). Retour sur une rédemption avec l’auteur de «Record Collection».

Mark Ronson, vous avez déclaré avoir arrêté l’alcool… C’est vrai que vous buviez une bouteille de whisky à chaque concert ?

En tournée, on a souvent tendance à boire beaucoup. Surtout à l’époque de Version où l’on enchaînait les festivals. Pour reprendre l’expression américaine : « That was our first time in the rodeo ». On découvrait la vie, quoi. Mais le truc, c’est que je n’ai jamais voulu ressembler à Slash ou à paraître cool en vidant des bouteilles. A bien y réfléchir, boire sur scène était comme un puits sans fond. Un truc très étrange pour me donner confiance. Ce que je regrette, c’est qu’il y a plein de moments dont je peine à me rappeler. Sur certaines dates, mes seuls souvenirs sont mes entrées sur scène. Maintenant, j’arrive à mieux contrôler tout ce stress. Et le fait d’en avoir parlé avec Simon Le Bon m’a énormément aidé. Lui, n’a jamais bu une goutte  avant un concert, en trente ans de carrière. J’essaie de m’en inspirer, maintenant que je chante sobre.

Aujourd’hui, vous êtes un amateur de whisky modéré ?

Oui, mais je n’ai pas pour autant arrêté de boire tous les soirs. Je ne me suis pas sevré comme les alcooliques anonymes, et j’apprécie à petite dose le Jack Daniel’s. Simplement, j‘ai beau être admiratif des voix de Janis Joplin ou Amy Winehouse, des chanteuses qui ont clairement abusé à ce niveau-là… L’alcool n’est plus ma façon de voir, du moins en tant qu’artiste.

C’est parce que vous avez produit les deux pop stars actuelles les plus portées sur la bouteille ?

Je n’aime pas trop parler de ça. Déjà parce que cela fait un bail que je n’ai pas vu Lily Allen, ni Amy Winehouse. Même si nous sommes toujours amis. Je peux vous parler du travail avec elles en studio. Mais rien sur leur vie personnelle.

Qu’y a-t-il de noble pour vous, dans le fait de sacrifier sa santé pour tirer quelque chose de sa voix, comme Janis Joplin ?

Yeppps… Je vous ai dit que je ne voulais pas parler de ça.

Votre beau-père est un musicien célèbre (Mick Jones de Foreigner – ndlr). Enfant, vous avez croisé Bowie et Warhol à la maison… C’est difficile de rester clean quand on fréquente le showbizz aussi tôt ?

Bien sûr que j’ai découvert tout jeune la folie des soirées, des excès. A commencer par ceux de mes parents. Ça m’est déjà arrivé de croiser Springsteen dans la cuisine au milieu de la nuit ou de découvrir mon père au petit matin en train de jouer aux échecs avec Daryl Hall (du duo Hall & Oats). Mais ma mère était très stricte, à l’anglaise. Je me souviens qu’on devait toujours rentrer environ trois heures avant la moyenne des kids américains. Donc, je n’ai jamais ressenti ce point de rupture où j’aurais pu perdre le contrôle, tomber dans la drogue ou ce genre de conneries.

Pourquoi avoir appelé votre groupe Mark Ronson & The Business Intl. ? Vous vous prenez pour une multinationale ?

Non, pas vraiment. Sur mon album Version, je jouais de tous les instruments et j’avais tout produit. Disons que c’était un peu ma récréation. Alors, quand j’ai commencé à travailler sur ce nouvel album (Record Collection), j’ai proposé à mes cinq musiciens préférés de me rejoindre en studio. Vu que nous avions tout composé ensemble, cela aurait été un mensonge de créditer ça Mark Ronson. Et puis je réalise que mon seul talent reste la production, je ne me sens pas vraiment « artiste ». Ça ne m’est pas naturel d’être sous les projecteurs. Mark Ronson & the Business Intl., c’est une façon rendre honneur à chacun des intervenants.

«Record Collection», Mark Ronson & the Business Intl. (Sony).

Entretien : Thomas Ducres • Photo : Seb&Enzo.


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